Associer ses salariés à la démarche de prévention

Vos salariés connaissent le travail réel. Pourquoi les associer à la prévention, ce que dit le Code du travail (salarié compétent, CSE, droit d'alerte) et comment faire simplement dans une TPE.

Dans cet article9 parties
  1. Pourquoi associer vos salariés ?
  2. Ce que vous y gagnez, vous et vos salariés
  3. Ce que dit le Code du travail
  4. Comment faire concrètement dans une TPE/PME ?
  5. Les erreurs à éviter
  6. Et après ? Faire vivre la démarche
  7. À retenir
  8. Faites votre DUERP avec votre équipe
  9. FAQ

En bref. Vous êtes responsable de la prévention dans votre entreprise, mais ce sont vos salariés qui connaissent le mieux leur poste. Les associer, c’est repérer des risques que vous ne voyez pas, choisir des mesures qui fonctionnent vraiment et créer une équipe qui fait attention d’elle-même. Et dans une petite entreprise, ça peut se faire très simplement : une discussion, une observation au poste, un retour sur ce qui a été décidé.

Vous connaissez votre entreprise. Mais vos salariés, eux, connaissent leur poste. Le coiffeur qui fait des shampooings toute la journée sait mieux que personne où il a mal. Le livreur sait quelle rampe d’accès glisse quand il pleut.

C’est pour ça qu’une démarche de prévention ne se construit pas seul dans son bureau. Dans cet article, on vous explique pourquoi associer vos salariés, ce que vous y gagnez, ce que dit la loi et comment faire concrètement dans une TPE/PME.

Pourquoi associer vos salariés ?

Il y a souvent un écart entre le travail tel qu’on l’imagine et le travail tel qu’il se fait vraiment. On parle de travail prescrit et de travail réel.

Prenons une entreprise de nettoyage. Sur le papier, les produits sont dilués avec un doseur. Dans la réalité, le doseur est cassé depuis trois semaines, et les agents versent le produit « à l’œil ». Depuis votre bureau, vous ne pouvez pas le savoir. Eux, si.

L’INRS le dit simplement : les salariés sont les premiers concernés par les risques professionnels. Et il recommande de repérer les risques en dialoguant avec les personnes qui occupent les postes. Vos salariés ne sont donc pas seulement ceux que vous protégez, ce sont aussi vos meilleures sources d’information.

Ce que vous y gagnez, vous et vos salariés

Des mesures mieux choisies, donc plus efficaces

Un équipement choisi sans les personnes qui vont l’utiliser finit souvent au fond d’un placard. Des gants trop épais pour travailler, une protection qui ralentit tout le monde, un rangement trop loin du poste. En demandant leur avis à vos salariés, vous choisissez des solutions qui collent à leur façon de travailler. (On vous explique comment choisir et suivre vos équipements de protection individuelle dans un article dédié.)

Des consignes comprises et vraiment appliquées

Une consigne qu’on a discutée, on la comprend. Et une consigne qu’on comprend, on l’applique plus facilement. L’INRS va même plus loin : pour lui, « l’adhésion du personnel est une condition indispensable à la mise en place d’une politique de prévention des risques ».

Des salariés qui se sentent écoutés

Demander à quelqu’un ce qui le gêne dans son travail, c’est lui montrer que son avis compte. Et c’est souvent apprécié, même quand toutes les idées ne peuvent pas être mises en place tout de suite.

Une équipe qui repère et signale les risques d’elle-même

Une fois que vos salariés ont participé à la démarche, ils regardent leur poste autrement. Ils repèrent plus vite ce qui ne va pas, et ils osent le dire. La prévention ne repose plus uniquement sur vos épaules.

Les petites entreprises le font déjà beaucoup. Selon une enquête européenne menée en 2014 par l’EU-OSHA, l’agence européenne pour la sécurité et la santé au travail, dans 84 % des établissements de 5 à 9 salariés, les salariés interviennent dans la conception des mesures de prévention prises après l’évaluation des risques. L’agence présente cette participation comme un facteur clé.

Et ces bénéfices vont plus loin, jusqu’à la performance de votre entreprise et l’ambiance dans votre équipe. On vous l’explique dans La prévention, levier de performance et de climat social.

Ce que dit le Code du travail

Vos salariés ont aussi une obligation de sécurité

Le Code du travail demande à chaque salarié de prendre soin de sa santé et de sa sécurité, ainsi que de celles de ses collègues, selon sa formation et ses possibilités, et en suivant vos instructions (article L4122-1).

Mais le même article précise que cette obligation est « sans incidence sur le principe de la responsabilité de l’employeur ». Autrement dit, vos salariés participent, mais c’est vous qui restez responsable de la démarche.

Désigner un salarié compétent

Le Code du travail vous demande aussi de désigner un ou plusieurs salariés compétents pour s’occuper de la prévention dans votre entreprise (article L4644-1). Cette obligation concerne toutes les entreprises, quel que soit leur effectif.

Si personne n’a ces compétences dans votre équipe, vous pouvez vous appuyer sur votre service de prévention et de santé au travail, sur un intervenant en prévention des risques professionnels (IPRP) ou sur votre Carsat. Et dans tous les cas, désigner un salarié ne vous retire pas votre responsabilité. (On fait le tour de qui peut aider une TPE/PME dans un article dédié.)

Le CSE, à partir de 11 salariés

Si votre entreprise compte au moins 11 salariés pendant 12 mois consécutifs, vous devez mettre en place un CSE (comité social et économique). Il contribue à l’évaluation des risques. Entre 11 et 49 salariés, vous lui présentez aussi la liste de vos actions de prévention. À partir de 50 salariés, il est consulté sur le DUERP et sur ses mises à jour.

Un salarié qui signale un danger vous rend service

Vos salariés doivent vous alerter s’ils pensent qu’une situation présente un danger grave et imminent, et ils peuvent s’en retirer : c’est le droit d’alerte et de retrait (article L4131-1).

Voyez-le comme une remontée d’information. Un danger signalé, c’est un danger que vous pouvez traiter. Et c’est important : si un salarié, ou un membre du CSE, vous a signalé un risque et que ce salarié est ensuite victime d’un accident lié à ce risque, la faute inexcusable de l’employeur est reconnue automatiquement (article L4131-4). On en parle dans Pourquoi la prévention doit être écrite.

Comment faire concrètement dans une TPE/PME ?

Pas besoin de réunions interminables ni de grands dispositifs. Dans une petite entreprise, quelques habitudes suffisent.

En parler simplement

Un temps d’échange de vingt minutes, autour d’un café ou en début de journée. Une question simple : « Qu’est-ce qui vous gêne, vous fatigue ou vous fait peur dans votre travail ? » Vous serez surpris de tout ce qui ressort.

Observer le travail ensemble, poste par poste

Passez un moment au poste avec la personne qui l’occupe. Regardez comment elle travaille vraiment, demandez-lui de vous expliquer. C’est souvent là qu’on découvre le doseur cassé ou le carton posé trop haut.

Les faire participer au DUERP et au choix des actions

Quand vous faites votre DUERP, relisez chaque unité de travail avec les salariés concernés. Est-ce que tout y est ? Est-ce que la cotation leur paraît juste ? Et pour les actions, demandez-leur ce qui serait le plus utile et le plus réaliste. (Pour la suite, voir Du DUERP au plan d’actions de prévention.)

Faire un retour sur ce qui a été décidé

C’est l’étape qu’on oublie le plus. Dites à vos salariés ce que vous avez retenu, ce qui sera fait et quand. Et si une idée n’est pas retenue, expliquez pourquoi.

Les erreurs à éviter

  • Imposer une mesure sans l’expliquer.
  • Demander leur avis, puis ne rien en faire.
  • Ne parler de prévention qu’une fois par an, au moment de mettre à jour le DUERP.
  • Chercher un coupable quand un salarié signale un problème.

Et après ? Faire vivre la démarche

Associer vos salariés, ce n’est pas un exercice ponctuel. C’est une habitude à installer.

Encouragez-les à signaler les presque-accidents : ces situations où il aurait pu y avoir un accident, mais où il n’y en a pas eu. Le carton qui tombe à côté de quelqu’un, la glissade rattrapée de justesse. Ce sont des signaux précieux, parce qu’ils vous permettent d’agir avant qu’il y ait un blessé. (Et si l’accident arrive quand même, voici les bons réflexes.)

Et faites un point régulier, même court, pour suivre les actions et recueillir les nouvelles remarques.

À retenir

  • Vos salariés connaissent le travail réel : ce sont vos meilleures sources pour repérer les risques.
  • Les associer, c’est choisir des mesures plus efficaces et mieux appliquées.
  • Chaque salarié a une obligation de sécurité, mais c’est l’employeur qui reste responsable.
  • Toutes les entreprises doivent désigner un salarié compétent en prévention, ou se faire accompagner.
  • Dans une TPE, quelques habitudes suffisent : échanger, observer, faire participer, faire un retour.

Faites votre DUERP avec votre équipe

Sur MaPrev, le questionnaire de votre métier vous fait passer en revue vos unités de travail, une par une. C’est l’occasion idéale de le remplir avec vos salariés, pour ne rien oublier. Pour chaque question, vous répondez oui, partiellement ou non, et l’outil en déduit une cotation estimée, que vous pouvez ajuster ensemble si elle ne colle pas à ce que vivent vos salariés.

Ces questionnaires, on ne les a pas écrits seuls dans notre bureau non plus. Les risques et les mesures viennent d’un référentiel construit à partir de sources, pour la plupart officielles, sans IA générative. Et on a fait tester le questionnaire de chaque activité par des professionnels du métier, pour s’assurer que les risques identifiés étaient les bons, et que les mesures proposées tenaient la route dans la réalité opérationnelle.

À la fin, vous obtenez votre kit de prévention : plus de 20 fichiers personnalisés selon votre activité, dont votre DUERP et votre plan d’actions, pour 199 € HT. Vous répondez, vous voyez le résultat, et vous ne payez que s’il vous convient.

FAQ : les questions qu’on se pose pour associer ses salariés

Et si mes salariés ne veulent pas participer ?

C’est rarement un manque d’intérêt. Souvent, ils ne voient pas à quoi ça sert, ou ils ont peur d’être jugés. Commencez petit, avec une question concrète sur leur poste, et montrez que leurs remarques mènent à des actions. La confiance vient avec le temps.

J’ai deux salariés, est-ce que ça vaut le coup ?

Oui, et c’est même plus simple. Une discussion suffit, sans organisation particulière. Avec une petite équipe, chaque avis compte, et chaque salarié couvre souvent plusieurs postes. Ce qu’ils vous diront vous servira directement pour votre DUERP.

Si je désigne un salarié compétent, est-ce lui qui devient responsable ?

Non. Le salarié compétent vous aide à mener la démarche, mais vous restez responsable de la santé et de la sécurité de vos salariés. Si personne n’a ces compétences dans votre équipe, votre service de prévention et de santé au travail peut vous accompagner.

Faut-il un CSE pour associer ses salariés ?

Non. Le CSE doit être mis en place à partir de 11 salariés, mais vous pouvez associer vos salariés à la prévention quelle que soit la taille de votre entreprise. Dans une TPE, un échange direct est souvent la meilleure façon de faire.

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À propos de l'autriceManon Besnard, cofondatrice de MaPrev

C'est en gérant des sites industriels de l'aéronautique, où la sécurité ne tolère aucune approximation, que Manon a acquis sa rigueur réglementaire.

Manon sur LinkedIn(nouvel onglet)
Relu parJérémy Heber, cofondateur de MaPrev

Passé par des TPE/PME et par un grand groupe de santé français, Jérémy connaît la prévention côté terrain comme côté expertise.

Jérémy sur LinkedIn(nouvel onglet)

Sources

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